Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger (Mt 11,30)
L'évangéliste Matthieu nous rapporte ces paroles de Jésus : "Mon joug est facile et mon fardeau
léger" (Mt 11,30). Pendant longtemps, je me suis demandé comment Jésus pouvait nous dire que son joug était facile. En effet, ne voit-il pas toutes les croix pesantes (guerres, famines,
pauvreté...) qui écrasent les hommes, ici-bas ?
En fait, je crois que l'on comprend mieux ses paroles lorsque l'on considère non pas ces croix (qui
sont la conséquence directe de notre propre péché) mais ce que Dieu nous demande en premier. Or, la première chose que Dieu nous demande est effectivement extrêmement simple. Mais,
si vous êtes d'accord, lisons plutôt ce qui est écrit dans le Livre du Deutéronome (Dt 6,4-8a) : "Ecoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l'Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de
tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces commandements que je te donne aujourd'hui resteront gravés dans ton cœur. Tu les rediras à tes fils, tu les répéteras sans cesse, à
la maison ou en voyage, que tu sois couché ou que tu sois levé".
Chers amis, considérons attentivement ces paroles et essayons de réaliser à quel point elles sont sublimes.
Rendez-vous compte : Dieu est Amour (ce qui est déjà en soi la chose la plus réjouissante, la plus douce et la plus merveilleuse au monde) et, en plus de cela, il veut que nous passions notre
vie à ne pas oublier qu'il nous aime ! Très franchement, pourrait-il exister un joug plus facile que celui-ci : savoir que l'on est aimé et passer sa vie à s'en souvenir ? Non, c'est
impossible. Il ne peut pas y avoir de croix plus légère que celle-là !
Jésus devant le Sanhédrin (Mt 26, 57-68)
Après son arrestation au jardin des Oliviers, Jésus est conduit devant le Sanhédrin (la plus haute instance juive de l'époque). Le Grand Prêtre,
Caïphe, l'interroge et beaucoup de faux témoins se présentent pour essayer de lui faire du tort. Une chose m'a toujours frappé, à ce moment-là, dans l'attitude de Jésus. Cette chose, c'est son
silence. En effet, il ne cherche ni à se disculper (ce qu'aurait fait n'importe quel accusé, à sa place) ni à contredire ses interlocuteurs (ce qui aurait été plus que légitime, puisqu'il
n'était coupable de rien). Simplement, il se tait.
Cette attitude peut paraître d'autant plus étrange qu'elle n'est pas celle que nous adoptons habituellement quand nous discutons avec des gens qui
ne partagent pas notre foi ou nos convictions. Nous, au contraire, nous nous efforçons de répondre du "tac au tac" et d'avoir le dernier mot, et ceci afin de bien montrer à nos adversaires que
nos idées sont plus hautes que les leurs.
Jésus, lui, fait silence. Il ne répond pas aux questions. Est-ce à dire qu'il ne dit rien ? Je ne le crois pas. En fait, j'ai le sentiment que ce
silence est un moyen qu'il utilise pour permettre à ses contradicteurs de réfléchir, et, surtout, de se rappeler par eux-mêmes les réponses qu'il leur a déjà
apportées dans le passé (car Jésus n'a jamais refusé de dialoguer avec qui que ce soit). En libérant ainsi leur réflexion et leur mémoire, Jésus les responsabilise et ne tombe pas dans
le piège d'avoir toujours à répéter les mêmes mots; mots qu'ils ne veulent pas entendre, de toute façon. Finalement, on pourrait dire que se taire est pour lui un moyen de ne pas tourner en
rond indéfiniment.
Cette technique que Jésus emploie devrait tous nous inspirer. En effet, il y a des paroles qui ne sont jamais aussi fortes et aussi claires que
lorsqu'elles ne sont pas prononcées par la bouche d'un autre, mais lorsque c'est notre propre conscience et notre mémoire qui nous les rappellent, à l'intérieur de
nous.